À six ans, elle voulait dessiner. À 21 ans, elle traduisait. Fédoua Lamodière a donné sa voix française à Dragon Ball et à Jujutsu Kaisen avant de passer de l'autre côté de la page, sous la signature Shindo. Son parcours montre qu'un rêve d'enfant peut faire un long détour sans disparaître.
En bref
- Née à Paris en 1980, Fédoua Lamodière rêvait de dessiner dès six ans, puis traduit à 21 ans.
- Elle a repris la traduction de Dragon Ball, dont la première édition de 1993 comportait censure et approximations.
- Elle signe ses créations Shindo. Sa traduction des Chroniques de la Mariée de Bretagne a été nommée au Prix Konishi 2025.
Le chiffre clé : 6 ans, l'âge auquel Fédoua Lamodière voulait déjà devenir dessinatrice.
Les Schtroumpfs, Franquin puis Dragon Ball : trois chocs de lectrice
Tout commence par la lecture. Fédoua Lamodière, née à Paris en 1980, veut devenir dessinatrice dès l'âge de six ans. Sa première passion, c'est la bande dessinée. Elle aime les Schtroumpfs, dont elle trouve très habile la façon de critiquer la société sous des dehors légers.
En grandissant, elle lit Spirou et devient fan de Franquin. Elle est déjà sensible à la narration et à la manière dont les cases s'enchaînent. Au lycée, elle découvre Dragon Ball : la fluidité du récit, sa lisibilité, le trait épuré en noir et blanc.
« La fluidité du récit, sa lisibilité et le trait épuré en noir et blanc m'ont frappée. Je me suis dit que c'était ce que je voulais faire. »
Fédoua Lamodière, interview accordée à ActuaBD
Notez ce qu'elle retient : pas seulement un style de dessin, mais une manière de raconter. C'est précisément ce qu'elle travaillera plus tard, phrase après phrase.
Un remplacement au pied levé en 2001 devient son métier
Elle étudie le japonais à l'INALCO. En quatrième année, en 2001, elle a 21 ans quand une amie de promotion, employée chez Glénat, lui propose de la remplacer sur le tome 3 de Pikachu Adventures !.
Ce n'était pas le projet de départ. Elle parle d'un dépannage au pied levé. Pourtant, ce dépannage devient son métier, et elle y prend beaucoup de plaisir pendant des années.
Si vous dessinez à côté d'études ou d'un autre emploi, retenez ceci : le chemin vers la création passe parfois par une porte qu'on n'avait pas choisie. Le crayon peut attendre, la passion de la BD, elle, reste en place.
Dragon Ball : reprendre une traduction de 1993 après un an de métier
La même amie l'entendait répéter que la traduction de Dragon Ball avait vieilli. La première édition datait de 1993 et contenait de la censure et pas mal d'approximations. Fédoua Lamodière pensait qu'il faudrait au moins la réviser. Elle n'imaginait pas qu'on lui confierait ce travail, elle qui traduisait depuis seulement un an.
Dragon Ball reste pour elle le manga le plus important qu'elle ait traduit. Elle y était attachée avant d'y travailler. À l'époque, les réseaux sociaux n'existaient pas encore sous leur forme actuelle : elle travaillait dans sa bulle, sans retours en direct. Elle doute d'être allée au bout autrement.
Connaître toute la série par cœur l'aidait aussi. Garder l'ensemble de l'histoire en tête permet de mieux éviter les contresens et les incohérences.
Jujutsu Kaisen, le casse-tête des doubles sens
Son manga préféré à traduire ? Seven Deadly Sins, sans hésitation. Elle dit d'Akira Toriyama et de Nakaba Suzuki qu'ils sont comme des livres ouverts : elle comprend leurs phrases sans effort. Elle aime aussi leurs dessins et leur découpage, et la matière de Bretagne, les chevaliers de la Table ronde et les cycles arthuriens.
Le plus difficile fut longtemps Kid I Luck !, trois tomes de Yuko Osada sur l'ōgiri, une forme d'humour très japonaise. L'humour est subjectif, et il a fallu beaucoup échanger avec l'équipe de Ki-oon pour trouver des solutions, y compris pour les blagues censées tomber à plat.
Puis Jujutsu Kaisen a pris la première place, avec déjà une trentaine de volumes. Gege Akutami joue énormément sur les doubles sens et les ambiguïtés. Le japonais accepte facilement les formulations vagues. Le français, beaucoup moins : il fallait parfois trancher.
L'enjeu est concret. En cas d'erreur, il faut prévenir l'éditeur pour qu'il corrige le problème lors d'une réimpression. La série contient aussi de nombreuses références au bouddhisme.
Shindo : une signature de créatrice, plusieurs terrains de jeu
Fédoua Lamodière ne signe pas toujours du même nom. Shindo pour ses créations, parfois Tiffy Shindo dans les crédits de traduction. Elle a aussi travaillé sur des romans dérivés et des albums jeunesse japonais.
| Date | Étape |
|---|---|
| 1980 | Naissance à Paris |
| 2001 | Premières traductions, à 21 ans, avec Pikachu Adventures ! tome 3 |
| 2022 et 2023 | Rencontres sur la traduction au Festival d'Angoulême |
| 2025 | Les Chroniques de la Mariée de Bretagne, de Junji Takehara, nommé au Prix Konishi |
Elle ne se limite pas au shōnen. Elle aime aussi le seinen, le shōjo et le Boy's Love, et cite Berserk au panthéon des œuvres seinen. Le shōnen reste son terrain naturel : elle en connaît les codes de lectrice comme de traductrice.
Vos questions
Depuis quand Fédoua Lamodière veut-elle dessiner ?
Elle a voulu devenir dessinatrice dès l'âge de six ans. La bande dessinée était sa première passion, avec les Schtroumpfs, puis Franquin. Dragon Ball, découvert au lycée, a confirmé son envie.
Comment est-elle devenue traductrice de Dragon Ball ?
Elle a commencé à traduire en 2001, à 21 ans, en remplaçant une amie de promotion chez Glénat sur Pikachu Adventures !. Cette même amie l'entendait dire que la traduction de Dragon Ball, parue en 1993, avait vieilli. Le travail lui a finalement été confié.
Quelle série lui a donné le plus de mal ?
Longtemps Kid I Luck !, à cause de l'humour ōgiri, très japonais. Jujutsu Kaisen a ensuite pris la première place, en raison des doubles sens de Gege Akutami et des références au bouddhisme.
Sources : actuabd.com.