Vous avez peut-être croisé Suicide Red, le shônen de Ki-oon où l’héroïne se brûle en maniant les flammes. Son titre vient d’une carte de Magic: The Gathering. Son auteur, Harimaru, dit surtout y parler de culpabilité, qu’il juge être la pression ultime, et de la manière de se pardonner.
En bref
- Le titre vient de Suicide Black, une carte de Magic: The Gathering qui fait payer en points de vie.
- Pour Harimaru, la pression ultime est la culpabilité qu’on ressent envers soi-même, et il est difficile de s’en libérer.
- L’apocalypse de Tokyo métaphorise les catastrophes naturelles japonaises, dont Fukushima, et l’auteur refuse d’y écrire un mal absolu.
Le chiffre clé : 10 ans d’assistanat en chef auprès de Yûsuke Murata avant de lancer sa première série.
Le titre vient d’une carte de Magic qui fait payer en points de vie
Le nom ne sort pas de nulle part. Harimaru l’a emprunté à Magic: The Gathering, plus précisément à une carte baptisée Suicide Black. Son principe : le joueur règle le coût de son attaque avec ses propres points de vie. Il frappe, mais il s’affaiblit.
L’auteur a vu là une image parfaite pour son héroïne. Madoka manie un feu qui consume celle qui s’en sert. Pour vaincre ses ennemis, elle met sa propre vie en danger. Le rouge remplace le noir, la logique reste la même.
Les cartes ne servent pas qu’au titre. Harimaru explique qu’elles sont à la base de son manga. Combiner des pouvoirs spéciaux avec des objets spéciaux pour obtenir une synergie, donc des pouvoirs encore plus puissants, lui semblait adapté à l’histoire qu’il voulait raconter. Si vous avez déjà construit un deck, le raisonnement vous parlera tout de suite.
Madoka, une héroïne qui se brûle, dans un Tokyo ouvert aux monstres
Le décor tient en peu de lignes. Il y a dix ans, des brèches se sont ouvertes au-dessus de Tokyo. La magie s’est déversée sur la ville, les gobelins et les zombies ont pris les souterrains, et certains humains ont hérité de pouvoirs.
Madoka fait partie de ces élus. Elle maîtrise les flammes et se brûle régulièrement, d’où son surnom. Son rêve : intégrer les Nettoyeurs, la seule unité autorisée à descendre dans la zone rouge, là où son grand-père a disparu.
Le parcours de l’auteur sort lui aussi de l’ordinaire. En voici les repères.
| Repère | Ce que l’on sait |
|---|---|
| Dix ans | Assistant en chef de Yûsuke Murata |
| 2022 | Une ébauche postée sur Days Neo |
| Aujourd’hui | Première série lancée chez Ki-oon, un choix d’éditeur français jugé rare |
La culpabilité envers soi-même, un cercle dont il est difficile de sortir
Harimaru place la culpabilité au centre. Le thème qui fonde le personnage de Madoka, dit-il, c’est la contrainte, la pression, puis la libération de cette pression. Et la pression la plus forte vient selon lui de la culpabilité qu’on ressent envers soi-même.
Le détail compte. Il ne parle pas d’abord de la faute aux yeux des autres, mais de ce qu’on se reproche en silence. Il juge très difficile de sortir de ce cercle et de se pardonner. Il ajoute que c’est aussi un sujet sur lequel il réfléchit pour sa propre vie.
Pour vous, lecteur, cela change la lecture. On peut voir dans les flammes de Madoka autre chose qu’un pouvoir de combat : le prix qu’on accepte de payer, quitte à se consumer, quand on porte un poids.
La mort de sa mère a changé son regard et nourri le manga
Pour l’illustrer, l’auteur livre un exemple intime. Sa mère est morte. Au début, il a profondément regretté de ne pas avoir pu lui montrer qu’il était devenu mangaka, de ne pas avoir pu lui montrer sa réussite. Il parle d’un état proche du traumatisme.
Puis son regard a bougé. Il n’a pas pu lui montrer le résultat, mais il a pu lui dire qu’il y était arrivé, et lui donner de l’espoir à la fin.
« Ce changement de regard sur la situation, c’est ce qui m’a permis de me sauver moi-même. »
Harimaru, mangaka, dans un entretien accordé à Journal du Japon
Il en a tiré deux choses : se pardonner, et transformer cela en énergie pour avancer. C’est cette expérience qu’il voulait refléter dans son manga. Quand ses personnages trouvent un début de réponse, ils passent une étape et grandissent.
Sa conviction tient en une phrase : avec une seule façon de penser, on se ferme le monde. À l’inverse, le monde peut changer complètement avec un simple changement de façon de penser.
Fukushima en toile de fond : dans cette apocalypse, aucun mal absolu
Pour Harimaru, l’apocalypse de Suicide Red est une métaphore des catastrophes naturelles, que les Japonais ont dû affronter. Il cite Fukushima, avec une zone devenue très dangereuse et une reconstruction en cours. Il reconnaît que le sujet est délicat.
De là vient un choix d’écriture : il avait le sentiment qu’on ne pouvait pas écrire de mal absolu. Dans une telle situation, ce n’est la faute de personne, tout le monde y fait face en même temps. Chacun adopte la stratégie de survie qui lui semble la bonne, depuis son propre point de vue. La frontière entre héros et antagonistes reste donc ténue.
Côté construction, les grandes étapes sont fixées, mais l’auteur garde de la liberté sur le chemin qui les relie. Trop prédéfini, dit-il, on sent la mécanique. Le personnage qui lui ressemble le moins est le Capitaine, un fonceur qui prend position, alors que lui se décrit comme cérébral et préparant tout en amont.
Le premier chapitre se termine sur une jeune femme et un petit enfant. Harimaru voulait que vous soyez happé par le suspense : comment vont-ils s’en sortir ?
Vos questions
D’où vient le titre Suicide Red ?
Il vient de Magic: The Gathering et d’une carte nommée Suicide Black, qui fait payer l’attaque avec ses propres points de vie. Harimaru a trouvé que cela collait à l’idée d’un feu qui consume celle qui l’utilise. Madoka met sa propre vie en danger pour vaincre ses ennemis.
Pourquoi Harimaru parle-t-il de culpabilité ?
Pour lui, la pression ultime d’un être humain est la culpabilité qu’il ressent envers lui-même. Il trouve très difficile de sortir de ce cercle et de se pardonner, et c’est un thème qu’il travaille aussi dans sa propre vie. Il l’a placé à la base du personnage de Madoka.
Quel lien entre Suicide Red et Fukushima ?
L’apocalypse du manga est pour l’auteur une métaphore des catastrophes naturelles que le Japon a connues. Il cite Fukushima, avec sa zone très dangereuse et sa reconstruction en cours. Il en déduit qu’on ne peut pas y écrire de mal absolu.
Sources : journaldujapon.com.