Vous rêvez de ne jamais mourir ? Léa Mazé vous tend l'autre moitié du contrat : le corps, lui, continue de vieillir. Dans Les Neiges immortelles, six amis de 132 ans n'ont qu'une envie, en finir. Un récit qui vire de la farce à l'enfer, et qui interroge notre époque.
En bref
- Un virus rarissime a contaminé une bande d'amis à vingt ans : ils ne meurent plus, mais leur corps vieillit.
- Alexandre, Johan, Paula, Manu, Sémi et Clara cherchent à en finir, direction le Grand Nord pour se faire congeler.
- L'album de 192 pages paraît chez Dargaud à 27 €, avec un dessin caricatural et des alternances couleur et noir et blanc.
Le chiffre clé : 132 ans, l'âge de la bande d'amis, contaminés à vingt ans par un virus rarissime.
Un virus rarissime arrête la mort, pas le vieillissement
Le point de départ tient en une phrase. Une poignée de copains attrape, à vingt ans, un virus rarissime. Résultat : ils ne meurent plus. Mais ils vieillissent, jour après jour, sans issue.
L'idée rappelle les grands rêves d'immortalité de la science-fiction à la Wells. Léa Mazé en garde la promesse, puis en retourne le décor. Ici, pas de jeunesse éternelle. Le corps s'use, se répare comme il peut, et les années s'empilent.
L'origine de la contamination est presque drôle. À l'époque, les amis fument un joint sur la plage et croient à une hallucination. En réalité, c'était du réel qui les infectait. Le ton est donné : le fantastique s'invite dans une soirée ordinaire.
À 132 ans, la bande ne rêve plus que d'en finir
C'est le cœur psychologique de l'album. Alexandre, Johan, Paula, Manu, Sémi et Clara ont tout traversé. Ils ont connu les drames du passé sans pouvoir y échapper. Ils s'ennuient aussi, et ils philosophent, puisqu'ils ont le temps.
Leur envie de mourir n'a rien d'un caprice. Elle naît d'une vie devenue trop longue, où les souffrances s'accumulent. L'autrice laisse peu à peu tomber le masque de la farce : derrière les gags, on lit un enfer.
Les destins ne sont pas égaux. Alexandre mène une vieillesse paisible, son chien Pie IX à ses côtés. Johan, lui, a le physique abîmé. Cette différence compte : un seul d'entre eux est assez valide pour aider les autres à partir.
Ils ont aussi des comptes à régler. Ce n'est donc pas qu'une histoire de lassitude. Les rancunes survivent, elles aussi, à l'éternité.
Une cavale en camping-car futuriste vers le Grand Nord
Johan laisse à Alexandre une enveloppe, avec les instructions nécessaires. On y trouve une ancienne photo de leur jeunesse. Puis arrive un camping-car futuriste, et le groupe enlève Clara, coupée du monde. Il lui explique que la seule solution est de se faire congeler dans le Grand Nord.
La suite est une balade décalée. Manu, surnommé « bio man », réajuste toutes ses prothèses. Les personnages fument, boivent du whisky, et leur façon d'expulser leurs déchets passe par un dispositif étonnant, proche de la dosette de café. Au restaurant, ils ne passent pas inaperçus : on les imagine bien avoir besoin de tuteurs pour commander des frites.
Le monde autour d'eux a changé. Il n'y a plus de personnes âgées dans les villes, seulement des villages seniors. Une brigade sanitaire veille, et elle est intraitable. D'où une fuite éperdue, qui donne à ces « papis » un air de résistants hors des sentiers battus.
Un détail qui compte : Alexandre peut se permettre un infarctus, puisque c'est pour mieux ressusciter. Un ciel à canopée évoque même un roman de Stephen King.
Un dessin caricatural et deux régimes de couleur pour dater le récit
Léa Mazé alterne séquences en couleur et séquences en noir et blanc pour situer les époques. Les destins se télescopent, mais restent liés à vie, et pour cause. Le lecteur n'a pas besoin d'un schéma pour se repérer.
Le trait pousse parfois la caricature à l'extrême. Ce choix donne un ton très particulier à l'album, entre grotesque et tendresse. Les corps ravagés, les prothèses et les visages marqués prennent tout leur relief. Pour qui aime dessiner, c'est une belle leçon : l'exagération peut servir l'émotion plutôt que la gâcher.
Le récit surprend, mais on y croit. Cette balade très décalée tient debout parce que le dessin assume son excès du début à la fin.
Une tragi-comédie qui pose la question des centenaires
Léa Mazé sait faire rebondir son histoire. La seconde partie renverse la comédie en questionnement : à quoi ressemble l'avenir des générations futures quand le nombre de centenaires ne cesse d'augmenter ? Et que penser d'une société qui conditionne les enfants ?
Rêve ou cauchemar ? L'album penche pour le cauchemar, sans jamais le crier. La vie éternelle, « on repassera », comme le résume l'histoire elle-même. Le lecteur ressort avec un sourire, puis une gêne.
| Information | Détail |
|---|---|
| Titre | Les Neiges immortelles |
| Autrice | Léa Mazé |
| Éditeur | Dargaud |
| Pages | 192 |
| Prix | 27 € |
| Genre | Tragi-comédie |
Vos questions
De quoi parle Les Neiges immortelles ?
Un virus rarissime a contaminé une bande d'amis à vingt ans. Ils ne meurent plus, mais ils vieillissent. À 132 ans, ils veulent en finir et partent vers le Grand Nord pour se faire congeler.
Combien coûte l'album et qui l'édite ?
Les Neiges immortelles de Léa Mazé est publié chez Dargaud. L'album compte 192 pages et coûte 27 €.
Est-ce un récit comique ou sombre ?
C'est une tragi-comédie. Le début est décalé, avec des situations cocasses et un dessin caricatural. La suite révèle un enfer, celui de vies devenues trop longues.
Sources : ligneclaire.info.